Avant de déménager à Sudbury, le sens du mot communauté était, selon moi, réservé aux communautés gaies, ethniques, les groupes minoritaires quoi. Parce que j’étais dans la norme endormie, je ne me suis jamais demandé à quelle communauté j’appartenais. (L’éducation est un long processus…)

Depuis mon arrivée à Sudz, je n’ai jamais autant entendu le mot communauté. Sérieusement. J’ai découvert le sens de ce mot-là à 31 ans.

Dans le Nord-Est ontarien, des gens de tous les âges forment ont une mission commune ; celle d’être bien dans leur ville, de travailler ensemble pour améliorer l’offre culturelle et événementielle et ne pas se faire chier. Ça, ça donne toute qu’une belle vibe dans le voisinage, laisse-moi t’le dire.

La vie, même après le secondaire, est un fragile écosystème de gangs aux profils bien uniques. Pour sa part, la gang du Up Here me fait penser aux freaks et aux geeks de la cour d’école. À l’école il y a les preppies et les populaires qui se tiennent ensemble, pis il y a les weirdos. Évidement, autour de ça y’a les loups solitaires et les groupes satellites, mais pour les besoins de cet article séparons grossièrement cette population en deux clans distincts. Les freaks and geek et les preppies.

Rendue à l’âge adulte, notre nature profonde ne change pas vraiment. Au contraire, on apprend à l’aimer. On reste le freak de l’un et le preppy de l’autre.

Bien souvent les freaks et les geeks aiment faire les choses autrement. Ils agissent et questionnent les structures en place. Parmi eux il y a des punks, des activistes, des organisateurs de party, des tripeux de Stars Wars, des rats de bibliothèque, des artistes, des hippies, des écologistes, etc. Ces individus sont tous différents les uns des autres. En fait, le point commun de ces curieux personnages, c’est justement la différence. Les Freaks and geeks, ils sont différents ensembles. Chacun fait partie d’un tout. La valeur des individus est importante pour maintenir ce fragile écosystème où il fait bon vivre.

ll peut être facile d’avoir un jugement défavorable envers ces spécimens particuliers. Leur différence porte souvent à croire qu’ils ne sont pas sérieux. Qu’ils sont délinquants, même. C’est faux. Ces enfants spéciaux sont la clé du changement.

Attirée par la nature des weirdos, je me suis trouvée témoin de groupes de travail et de réunions qui donnent la claque au Statu quo. La fièvre créatrice, l’amour des arts et l’amitié m’ont vite contaminé. De témoin, je suis devenue participante. J’ai trouvé mon petit trou dans ces séances de travail d’hiver dans les cafés et dans les soirées pizza-bière d’été où les ordinateurs portables font plus de bruit que les amis. Certains travaillent plus fort que d’autres, mais les heures et les efforts ne sont pas compté. Chacun son rôle. Chacun sa place. C’est la loi de l’écosystème.

J’ai entendu des gens passionnés partager leur vision et leur passion. Je les ai vues partir de rien pour construire du bien commun. Je les ai vu transformer l’idéologie en projet, transformer la volonté en touchable. Que ce soit pour le Up Here ou pour leur (centaine de) projet personnel, ils travaillent forts ces petits hipsters ! Ils mettent une vision commune en place.

Apparemment, dans le nord de l’Ontario, ce type de communauté bouillonnante n’est pas nouvelle.  Tant mieux parce que les hivers sont longs pis la vie est dure. Utilisons notre grit et la force de la communauté pour danser encore longtemps ! Dans un monde d’asphalte et de combat incessant du plus gros garage et des plus beaux abdos, ça fait du bien de voir du vrai. De toucher la lumière. De partager le futur, un festival à la fois.

Par Claudine Gagné